Pour faire vivre la démocratie
5 Novembre 2013
De Bertolt Brecht
Nouvelle version et nouvelle traduction française de Hélène Mauler et René Zahnd
L'Arche est éditeur et agent théâtral du texte présenté.
Mise en scène Dag Jeanneret.
Composition musicale Gérald Chevillon.
Scénographie Cécile Marc
Costumes Eric Guérin
Lumières Christian Pinaud
Dramaturgie et assistanat à la mise en scène Lucie Dessiaumes
Avec Gérard Bayle, Frédérique Dufour, Eric Guérin, Philippe Hottier, Sophie Lequenne, Stéphanie Marc, Barthélémy Meridjen, Christophe Reymond, Sylvère Santin.
Production : Cie In situ.
Coproduction : sortieOuest/Béziers, Théâtre des 13 Vents - CDN Languedoc Roussillon Montpellier, Espace Malraux – Scène Nationale de Chambéry, Le Théâtre - Scène Nationale de Narbonne, Scène Nationale d’Albi.
Avec la participation artistique du JTN, le soutien de La Maison Louis Jouvet (ENSAD), et du Conseil Régional L.R. La Cie In situ est associée à sortieOuest, Domaine départemental d’art et de culture de Bayssan, scène conventionnée pour les écritures contemporaines. La Cie In situ est conventionnée par la DRAC Languedoc-Roussillon
Note d’intention
Le monde est trop vieux pour les temps meilleurs, et le ciel est déjà loué,
mes chers amis. Tambours dans la nuit
Après m’être concentré, ces dernières années, sur la mise en scène de plusieurs spectacles de formats « courts » et « moyens », je souhaite aujourd’hui aborder une oeuvre d’envergure plus importante. Avant tout, il s’agit d’un désir de rencontre : confronter, maintenant, mon expérience artistique à la langue d’un grand auteur du répertoire… Une étape toujours aventureuse et profondément enrichissante dans le parcours d’un metteur en scène. Brecht fait partie de ces auteurs dont on apprend beaucoup, qui interrogent positivement notre pratique.
Tambours dans la nuit, tout comme les autres pièces écrites avant L’Opéra de Quat’sous, reste un texte de Brecht très peu monté. Elle est souvent mal connue, cette oeuvre de jeunesse, dans l’ombre du grand théâtre épique et didactique, et parfois mal considérée : trop potache, pas assez sérieuse, trop chaotique, trop outrancière, trop marquée d’anarchisme et de nihilisme, pas assez… brechtienne ?
En redécouvrant Tambours, j’ai d’abord été saisi par la langue sauvage, impétueuse, heurtée du jeune Brecht, foncièrement différente de celle des pièces plus tardives. Le rythme est débridé, les dialogues accidentés, le ton souvent caustique, le lyrisme sublime et dévergondé, les sentiments désamorcés dans un tumulte effervescent. Rares sont les oeuvres qui, quatre-vingt dix ans après leur parution, nous déconcertent comme celle-ci par la modernité, l’originalité énigmatique de leur écriture.
Mais je pense que l’actualité de Tambours dans la nuit ne se résume pas à ses qualités poétiques. Pièce de la désillusion écrite juste après une grande défaite révolutionnaire et avant la rencontre de Brecht avec le marxisme, elle s’organise autour d’un personnage à la volonté inconstante, sans idéal ni espoir en l’avenir. L’attirance confuse de Kragler pour la révolution se clôt par une régression impulsive et égoïste : retrouver avec sa fiancée la volupté d’un lit confortable… « un attachement animal aux valeurs petites-bourgeoises » écrira Bernard Dort. Dans ces cris de révolte désabusés, dans cette expression de dégoût face à une société injuste que l’on ne saurait faire voler en éclats, j’entends les résonnances de nos propres incapacités à agir contre le monde, l’écho d’un désir trouble de rébellion qui constamment se heurte à la réalité aigre de notre individualisme.
Je ne souhaite toutefois pas réduire la portée de la pièce à ce constat, mais bien plutôt intégrer comme matière de travail la pluralité, le mystère, l’étrangeté dérangeante de cette oeuvre dont Brecht lui-même semble n’avoir jamais su trop quoi penser.
Dag Jeanneret
Naissance d’une pièce au « temps de la destruction »
Le début de la Révolution Allemande
1918 – Un an après la révolution bolchévique d'octobre éclate la révolution allemande. Exaltant l’exemple des socialistes russes, les spartakistes, fondateurs du parti communiste allemand (KPD), comptent parmi les principaux instigateurs du soulèvement. Ils entendent mettre fin à la guerre et défaire le régime impérial en menant une révolution socialiste. Leur propagande rencontre un succès croissant. Dans les grandes villes du pays, des conseils d’ouvriers et de soldats sont formés et de nombreuses grèves de déclenchent.
Une insurrection ouvrière à Berlin
Janvier 1919 – La guerre est terminée, l’Empire de Guillaume II est renversé, la République de Weimar, premier régime démocratique allemand, est instaurée. La ligue spartakiste s’engage à présent dans la révolte ouvrière pour l’institution d’une République Socialiste libre. À Berlin, les spartakistes appellent à la grève générale et occupent des bâtiments publics. La ville est le théâtre de manifestations ouvrières massives.
La « semaine sanglante »
9-13 janvier 1919 – Le gouvernement social-démocrate réprime la révolte avec une terrible violence, dans le but d’ « écraser Spartakus ». Plusieurs centaines de civils sont tués.
Le 15 janvier, Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, principaux animateurs de la ligue spartakiste et cofondateurs du KPD, sont assassinés.
Cinq jours après, le 20 janvier, Bertolt Brecht commence la rédaction de Spartakus, première version de Tambours dans la nuit.
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Une oeuvre au rythme débridé, aux dialogues accidentés, au ton souvent caustique, au lyrisme sublime et dévergondé. L'une des pièces de Brecht les plus mystérieuses, les plus secrètes, rare...
http://www.sortieouest.fr/saison/spectacle/theatre/tambours-dans-la-nuit.html