Pour faire vivre la démocratie
5 Février 2013
Nous le disions qu’à vouloir aller trop vite, le gouvernement prenait le risque d’aller dans le mur et les protestations des enseignants comme les inquiétudes des collectivités devant l’ampleur de la tâche et le manque des moyens nécessaires pour sa mise en œuvre semblent nous donner raison.
S’il existe des avancées et des ruptures par rapport aux politiques menées par les gouvernements de droite, les zones d’ombre et les oublis sont trop importants pour que cette réforme soit en l’état une «réelle refondation».
• La création de nouveaux postes (60 000 sur 5 ans).
• la mise en place du dispositif « plus de maîtres que de classes ».
• le retour de la scolarisation des moins de 3 ans en zone sensible, la reconstruction de la formation initiale des enseignants.
• « le développement et la promotion de méthodes pédagogiques innovantes »
Mais il existe beaucoup de manques et de sujets restés sans réponse et dont il faut s’inquiéter.
• La refonte des programmes nécessaire pour que les enseignements soient en adéquation avec un temps de classe qui a diminué depuis 2008 de 3 heures hebdomadaires qu’on attend toujours.
• L’aménagement mais pas la suppression souhaitable du socle commun qui propose une conception utilitaire de l’éducation et l’enseignement.
• Le dispositif de formation initiale qui ne permettra pas, tel qu’il est prévu, d’assurer une réelle mixité sociale dans le recrutement des enseignants.
• Les RASED et l’aide spécifique apportée aux élèves en difficulté dont on ignore le devenir.
• Le besoin de travail en équipe des enseignants pour mettre l’élève au centre du système éducatif qui n’est pour l’heure pas pris en compte.
• La refondation de l’évaluation et la définition de nouveaux objectifs.
• Le rôle des parents dans ce projet de refondation
Et enfin reste la grande question des rythmes scolaires en partie sacrifiés sur l’autel du tourisme avec la disparition des 7 semaines de classe et des 2 semaines de vacances qui avaient été préconisées.
Si on convient de la nécessité de mieux répartir le temps de classe sur la semaine et de revenir à la semaine de 4 jours et demi afin que les élèves soient placés dans les meilleures conditions d’apprentissage possibles, pour autant la réforme des rythmes ne peut à elle seule contribuer à la réussite des élèves et à la lutte contre l’échec et l’inégalité scolaires. Elle ne résout rien. Elle est au mieux un outil parmi d’autres.
Elle pourrait même devenir contre-productive si la réforme des rythmes oubliait d’inclure la lutte contre l’inégalité dans la mise en place des activités périscolaires, qui prolongent le service public de l’éducation.
La réforme sur les rythmes doit avoir comme objectif de lutter contre les inégalités en proposant aux enfants qui en sont financièrement et sociologiquement écartés les possibilités d’accéder aux pratiques culturelles et sportives qui contribueront à leur épanouissement et au développement de leurs « compétences ».
A quoi servirait une réforme qui se contenterait d’une diminution du temps quotidien de classe ?
A quoi servirait une réforme qui ne garantirait pas à chaque famille une prise en charge de leur enfant après l’école dès lors qu’ils en sortiront encore plus tôt ?
A quoi servirait aussi une réforme qui aggraverait les inégalités territoriales face au service public de l’éducation nationale ?
Devant les difficultés des maires et des collectivités dans la mise en place de nouvelles activités périscolaires, le ministre a laissé entendre dernièrement que la prise en charge des élèves jusqu'à 16h 30 ne serait plus forcément obligatoire et que les activités proposées sur ce temps pourraient être payantes.
Cette annonce jette un trouble supplémentaire quant au projet éducatif poursuivi et laisse supposer que la mise en œuvre de la réforme des rythmes rencontre des obstacles de taille: coût pour les collectivités, moyens humains, temps nécessaire à la concertation, entre autres,…
A l’heure qu’il est, on ne peut se satisfaire de ce qui est proposé et être favorable à cette réforme surtout dans le calendrier donné. C’est pour cela qu’il faut continuer d’agir et lutter pour que le gouvernement prenne la mesure du changement souhaitable et s’oriente vers une vraie refondation plus ambitieuse.
Mais le combat, nous devons aussi le mener là où c’est possible sur notre propre terrain. Par les temps qui courent, il vaut mieux ne pas attendre trop du gouvernement…et continuer d’agir sur ce qu’il est possible de transformer et d’initier.
Le gouvernement semble avoir lié la réussite de la réforme des rythmes, à l’implication des collectivités (territorialisation larvée ?) et au devenir du temps périscolaire dont elles sont maîtresses d’œuvre. Il est logique qu’il s’en préoccupe puisque cette réforme remet en cause les équilibres fragiles du temps de l’enfant en raccourcissant la journée de classe. Mais il sait aussi trop bien l’importance du périscolaire comme lieu et temps d’épanouissement profitable à la réussite des élèves.
Le projet éducatif territorial est un cadre proposé dans lequel les activités périscolaires peuvent être organisées.
Le PEDT est élaboré à l’initiative de la collectivité territoriale et associe l’ensemble des acteurs intervenant dans le domaine éducatif : éducation nationale, administrations de l’État concernées… associations, institutions culturelles, sportives et les parents d’élèves dont les textes ne font aucune mention.
Le but du PEDT est de tirer parti de toutes les ressources du territoire et de créer des synergies pour garantir une plus grande continuité éducative entre les projets d’école et les activités proposées aux élèves en dehors du temps scolaire et offrir à chaque enfant un parcours éducatif cohérent et de qualité.
A Portiragnes, nous bénéficions déjà des acquis d’une politique ancienne menée par les municipalités précédentes.
Que ce soit en direction de la jeunesse, du sport ou de la culture, les municipalités successives se sont dotées de nombreux outils afin de répondre au défi de la démocratisation des pratiques culturelles et sportives.
Ainsi, les enfants bénéficient du club omnisports, de cours de danse, de la médiathèque et de ses animations, de l’école de musique, du Centre de loisirs, d’un CLAE, des animations théâtre et Hip Hop, d’une école de voile, d’animations en arts plastiques proposées par la Palette Portiragnaise, etc …
Mais les enfants profitent aussi d’une volonté ancienne en matière de sport et de vie associative ; il n’est qu’à voir le nombre de clubs : foot, rugby, pétanque, tennis… et le nombre d’associations pour se rendre compte de l’effort entrepris par les municipalités et la richesse des propositions pour une ville de cette dimension.
Cette richesse est un véritable atout pour les enfants de notre ville et des écoles. Surtout qu’il existe déjà à Portiragnes un Contrat Éducatif Local, dont le but est de créer de la cohérence éducative entre les différents partenaires et intervenants auprès de la jeunesse.
En somme, nous avons toutes les cartes en main pour initier un PEDT.
Ce nouveau projet est une opportunité pour développer et enrichir cette continuité éducative indispensable à la réussite des enfants portiragnais. Il est aussi l’occasion, de réinsuffler une dynamique entre les différents acteurs de la jeunesse en y incluant les parents et de proposer un nouveau cadre conceptuel où pourront s’énoncer de nouvelles finalités à l’action des uns comme des autres.
Ce défi qui nous est proposé est peut-être l’occasion de nous engager dans une réflexion commune sur le statut de l’enfant, l’échec éducatif et scolaire, les actions respectives, les pratiques…
Il est en somme l’occasion d’entrer dans un processus de changement.
Un processus qui, de fait, créera une nouvelle synergie et du sens à notre action déclinée dans une politique éducative.
Ne ratons pas le coche, la réflexion réclame du temps. Le nombre d’acteurs et de partenaires concernés complexifie la tâche. La réflexion collective n’est jamais facile. Dépasser les visions et les intérêts respectifs n’est pas chose aisée. Cadrer et diriger cette réflexion est délicat…Élaborer des outils de suivi du projet ne se fait pas en un jour…
C’est pourquoi, il nous semble urgent, maintenant, de prendre le taureau par les cornes et de se mettre au travail rapidement. Et ce, notamment afin d’établir un calendrier qui nous permettra au moment voulu et opportun d’entrer dans la réforme des rythmes scolaires avec le sentiment et la certitude d’agir avec pertinence pour l’intérêt et la réussite de tous les jeunes Portiragnais.
Décapan
CAP A GAUCHE