Pour faire vivre la démocratie
6 Juin 2013
Il sera bientôt impossible de trouver à Portiragnes une seule ligne droite de plus de 50 mètres sans son « traversant ». Par exemple, pour sortir du village vers le bas en venant de la cave coopérative, il vous faudra franchir pas moins de 8 dos d'ânes, plus un rétrécissement, sans compter les caméras.
Alors, pourquoi cette accumulation d'éléments d'insécurisation de la circulation ?
Parce que tous les conducteurs sont soupçonnés d'être de dangereux chauffards ; parce qu'il semble moins cher de réprimer tout le monde plutôt que de surveiller les éventuels actes d'incivilité ; ou plus insidieusement, tout régime aurait intérêt à peser sans cesse sur les comportements sociaux ?
Dans quelle société sommes nous, qui se méfie de tous, qui infantilise les comportements, qui réprime à tout va ?
On nous demande de la confiance pour relancer la machine économique, mais on nous la refuse tous les jours, tous les hectomètres, dans un de nos comportements le plus fréquent : la conduite automobile.
Alors, pourquoi sommes nous devenus irresponsables, dès que nous avons un volant dans les mains ? Parce que question responsabilité, la société libérale est forte pour le rappeler sans cesse : Question salaire, c’est bien de notre responsabilité si nous ne voulons pas gagner plus ( travailler plus pour gagner plus ) ; question emploi, les chômeurs sont souvent considérés comme des assistés responsables de leur chômage ; question santé, pour responsabiliser face aux actes de soins, de plus en plus de médicaments ne sont plus remboursés et une part de plus en plus importante reste à charge du malade, ; question éducation, pour responsabiliser les étudiants, on augmente les frais d’inscriptions dans les études supérieures …Bref, pas un domaine n’échappe à la logique du « soyez un peu responsables, voyons, prenez vous un peu en charge » …
Rappelons- nous qu'il y a encore quelque temps, existaient des panneaux bleus, indicateurs de vitesse recommandée. Ces panneaux ont totalement disparu, remplacés par des panneaux cerclés de rouge, de limitation de vitesse, et donc d'interdiction de dépasser la vitesse indiquée. Les conducteurs n'ont plus été jugés aptes d'adapter intelligemment leur vitesse à des repères indicatifs.
La réglementation à 30 Km/h était à l'origine appliquée pour les zones des centres villes, proches d'espaces piétonniers, et elle est maintenant généralisée dans toutes les entrées d'agglomérations, pour couper, voire stopper la vitesse.
Si au moins, tous ces éléments de ralentissement apportaient une réponse définitive aux accidents. Mais bien au contraire, plus on est assisté, et plus on est conditionné, moins on est tenté de faire preuve de vigilance, et de concentration.
Un autre exemple de société est proposé dans certaines villes et certains villages, des Pays-Bas et de Basse Saxe par exemple, qui font le pari de l'intelligence et du respect. Dans ces agglomérations, pas un seul panneau, pas un seul feu tricolore, pas un seul passage piétons, et même plus de trottoirs ; et le taux d'accidents a considérablement baissé !
Au fait, qui décide de l'opportunité et de l'implantation de ces ralentisseurs ? Est-ce la municipalité, la DDE, les voisins, les commerçants, les parents d'élèves, les entreprises … ?
Et qui paye ? Je suis révolté de savoir que mes impôts locaux servent à détruire mon véhicule, à augmenter ma consommation d'essence à chaque redémarrage, donc ma pollution, et surtout porte atteinte à mon statut de conducteur responsable.
Une société qui punit avant d'éduquer, qui se méfie de tous, qui rend tout le monde à priori responsable, qui infantilise au lieu de faire confiance, mérite t-elle encore l'appellation de société démocratique ?
On me rétorquera qu’il y a des chauffards qui grillent les stop et brulent les feux rouges, que de ce fait ils sont accidentogènes, et mettent en danger la vie d’autrui. Il n’est pas question de remettre en cause les contrôles et les sanctions des fautifs, mais bien de ne pas présupposer délinquants routiers tous les conducteurs.
La liberté de tous, à travers le respect de règles collectivement consenties, ne doit pas être bafouée, à cause de certains comportements individuels libertaires.
Depuis le temps de l’école, nous savons tous que la punition collective représente une frustration insupportable, et ces « traversants » sont des réponses de même nature.
SENESTRE