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CAP A GAUCHE

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Vous avez dit «baisser les charges»?

Vous avez dit «baisser les charges»?

Le choc de compétitivité = le choc des mots

Les salaires, variable d’ajustement

Extrait de l’article de Christine Jakse in le Monde Diplomatique de novembre 2012

Les discussions autour du rapport de M. Louis Gallois sur la compétitivité des entreprises françaises mettent l’accent sur la réduction des « charges ». Elles alimentent un débat biaisé. Patronat et gouvernement agissent en effet comme si les cotisations sociales — le vrai nom desdites « charges » — étaient un prélèvement indu qui handicape le développement économique. Or les cotisations constituent d’abord une part du salaire.

« Nous ne pouvons pas continuellement avoir des charges sociales qui pèsent sur le travail. » Cette conviction exprimée par le ministre socialiste de l’économie et des finances, M. Pierre Moscovici (Le Monde, 17 juillet 2012), compte au nombre des idées ayant survécu sans encombre à l’alternance politique du printemps dernier.

Baisser le « coût du travail » en réduisant les « charges » à travers une taxe sur la valeur ajoutée (TVA) « sociale » : telle était aussi la promesse du candidat de la droite, M. Nicolas Sarkozy. Cet objectif figure également en bonne place sur la liste des conditions énoncées par le Cercle de l’industrie, une association de dirigeants d’entreprise, pour « rebâtir notre industrie » : « En France, affirme-t-il, la part prise sur les charges patronales pour financer la protection sociale est élevée, alors que le consommateur est relativement peu taxé. Un transfert massif des cotisations patronales vers une autre assiette fiscale permettrait à la France de converger avec l’Allemagne et de sortir de cette situation sans issue en initiant le choc de compétitivité attendu. (1)»

« Coût du travail » au lieu de « salaires » ; « charges » au lieu de « cotisations » : trente années de convergence politique entre la droite et la gauche de gouvernement ont banalisé ces expressions, la vision du monde qu’elles véhiculent, les conséquences sociales qu’elles induisent. Cette métamorphose du langage n’est pas anodine. Aussi sûrement qu’un coût appelle une réduction, la charge qui « pèse » (sur le travail), « écrase » (les chefs d’entreprise) et « étouffe » (la création) suggère l’allégement ou, mieux encore, l’exonération.

Ces associations verbales et mentales, élevées par les médias au rang d’évidences, ont accompagné l’accomplissement d’un dessein poursuivi par tous les gouvernements successifs : baisser les salaires au nom de l’emploi.

Car la cotisation — réduite pour favoriser l’embauche de travailleurs peu payés, de jeunes ou de chômeurs, supprimée pour les auto-entrepreneurs ou pour les commerçants installés dans une zone franche urbaine, etc. constitue aussi du salaire : elle figure à ce titre sur la fiche de paie.

Elle aussi est prélevée directement sur la richesse produite dans l’entreprise ; mais, à la différence du salaire net, versé à la fin du mois sur le compte en banque de l’employé, elle est perçue par les caisses de sécurité sociale. Lesquelles financent les soins et les salaires des soignants, les pensions des retraités, les indemnités journalières des malades ainsi que les allocations familiales et les allocations chômage.

Comme le salaire direct fixé à l’issue de négociations collectives de branche et adossé à la qualification professionnelle, la cotisation relève d’un barème établi par l’Etat - ou pour l’assurance chômage, négocié entre le patronat, les syndicats et le gouvernement. L’indemnité journalière, le taux de remboursement des médicaments, le barème de prise en charge de l’acte médical ne constituent pas des prix de marché (fixés par la rencontre entre l’offre et la demande), mais découlent de rapports de forces sociaux et d’arbitrages politiques.

Dans ces conditions que faut-il comprendre quand Mme Laurence Parisot, présidente du Mouvement des entreprises de France (Medef) enjoint au gouvernement de baisser « les charges patronales et les charges salariales(2) » ? Quel est le projet du ministre du redressement productif Arnaud Montebourg, qui prétend « favoriser la réduction des charges sociales patronales (3) ? Que propose M. François Chérèque, secrétaire général de la confédération française démocratique du travail (CFDT), lorsqu’il souhaite « abaisser le coût du travail en transférant une partie des charges sur la CSG (4)» ?

A chaque fois, une même réponse : baisser les salaires. La mise en œuvre de ce projet bénéficie d’un consensus politique de longue date […]

Christine Jakse, novembre 2012

(1) Les Echos, Paris, 19 juin 2012

(2) Laurence Parisot « la situation est gravissime « le Figaro paris 14 octobre 2012

(3) « Arnaud Montebourg lie baisse des charges et investissement » , Reuters, 8 octobre 2012

(4)Dereck Perrotte, « Chérèque dé&fend Hollande et tacle FO et la CGT », les Echos, 3 septembre 2012

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