Pour faire vivre la démocratie
16 Avril 2016
Portiragnes est entrée dans l’ère de la communication, et la municipalité nous l’a claironné, nous le claironne et nous le claironnera encore demain.
Comme on peut le lire ou le voir ci-dessous, les mots « communiquer » et « communication » se retrouvent 11 fois entre les différents titres et le corps de l’article « Vers un nouveau modèle de communication... » du tout nouveau et tout beau journal municipal. On les compte 7 fois pour 6 phrases et 24 lignes…soit un peu plus d’une fois par phrase.
Ici, point de messages subliminaux, mais plutôt du matraquage, histoire que les Portiragnais, « un peu bas de plafond », sans doute, se mettent dans le crâne que Mme la Maire et son équipe vont changer Portiragnes et nous faire entrer dans une époque nouvelle, celle du modernisme.
La conception du magazine a été confiée à des professionnels apparemment dotés d’un fort potentiel de créativité. La preuve en est que nous avons maintenant un journal municipal affublé d’un titre déjà vendu et revendu à de multiples collectivités, comme celles par exemple, proches de nous, de la Communauté d’Agglomération Hérault Méditerranée ou de la Métropole de Montpellier. Ce déjà vu est rassurant et l’air de rien marque notre appartenance àune communauté, celle des collectivités qui ont fait le choix de la promotion, malheureusement souvent au détriment de l’information et de la réflexion. Promotion de la commune, ce qui est acceptable, mais surtout du maire et de son équipe.
Comme dans de milliers d’autres collectivités, cette promotion est faite avec un maximum de joliesse mais aussi en utilisant toutes les vieilles ficelles d’un marketing standardisé : couleurs pastel dominantes, ton lénifiant, articles rétrospectifs plutôt qu’informatifs, mise en page convenue… surtout rien de singulier ni de dérangeant.
Une fois encore, nous suivons ce qui se fait déjà partout ailleurs et intégrons la cohorte de collectivités qui, conseillées par des agences spécialisées ou dotées d’un puissant service de communication, adoptent des stratégies formatées, vantant « la richesse de leur patrimoine, « le dynamisme de l’équipe municipale », « leur modernité» et « le bien vivre ensemble ».
Le tout s’accompagne très logiquement d’une recentralisation de la « communication » autour de la figure et de la personnalité « du maire » et c’est sans doute pour cela que les signatures des adjoints sont absentes de ce premier numéro du Mag’ de Portiragnes.
Devenant seule détentrice de la parole légitime sur la commune, la maire devient la seule autorisée à parler et tout ce qui n’est pas validé par elle peut se teinter d’illégitimité (certains ne souffreraient-ils pas en silence ? )
Bien entendu, ce « positionnement de communication », consistant à « mettre en scène » les faits, les enjoliver, les rendre évidents, est sous-tendu par une conception managériale de la conduite des affaires municipales. C’est le cas chez nous, où Mme Chaudoir, suivant l’exemple des maires avoisinants, souhaite s’afficher comme une gestionnaire dotée d’un esprit d’entreprise et rejoint ses compagnons qui répètent à qui mieux mieux que l’idéologie n’a plus lieu d’être dans « la gestion municipale ».
Tout cela est très « séduisant ». Nous pressentons déjà comme peuvent être « enchantés » de nombreux Portiragnais, par cette jolie et pseudo-nouvelle communication, les invitant à adhérer au consensus qu’appelle de ses vœux Mme la maire.
Mais gare il y a danger et ce qui peut apparaître aujourd’hui comme un gain de légitimité ou un bénéfice symbolique peut vite devenir un piège. Car il y a de fortes chances que cette communication visant l’autocélébration, à force de souligner ce qui est soi-disant positif, occulte les enjeux réels du débat local et finisse par lasser, énerver ou sérieusement gonfler ceux qui, confrontés aux difficultés quotidiennes peinent à se reconnaitre dans l’image consensuelle qu’on leur impose.