Pour faire vivre la démocratie
29 Juin 2013
Et une pression !
On vous en remet une couche, faut que ça mousse !
Rien de mieux qu’un petit coup de pouce pour mettre la pression et préparer l’Opinion publique à l’accélération du train de mesures à venir.
Rien de mieux qu’un petit coup de pouce pour enfoncer le clou du bien fondé de l’austérité.
Pour le gouvernement socialiste, ce coup de pouce est venu, cette fois-ci, de deux voix différentes dans une simultanéité quasi-parfaite.
Le premier est celui de la cour des comptes qui vient d’annoncer un dérapage des déficits publics pour 2013 pouvant dépasser les 3,7% du Produit Intérieur Brut.
Le second coup de « main » plus anecdotique et sans doute plus vicelard est venu de l’audition d’un revenant qu’on pouvait croire définitivement discrédité et éliminé de la vie politique par ses frasques et ses affaires judiciaires, le dénommé Dominique Strauss-Kahn. Celui-ci en préambule de son audition en tant qu’ancien président du FMI a ironisé sur les propositions de Hollande, qualifiant la taxe sur les transactions de « vaste illusion ».
Si le coup est assez tordu de la part de DSK, il n’en reste pas moins vrai que ces petites déclarations iront grossir le tas de bonnes raisons auxquelles nous soumettent tout un aréopage d’experts hautement qualifiés, portés par le seul souci de faire de l’Europe un continent économiquement compétitif.
Voyage pour l’enfer
Jean-Marc Ayrault, quant à lui, a semblé presque heureux d’obtenir une aide spontanée de cette très respectable Cour des Comptes ; instance dont on connaît l’indépendance. En réponse, il s’est empressé de déclarer que les prévisions de la cour des comptes avaient de grandes chances de se révéler exactes en raison de l’absence de croissance et qu’il fallait accélérer l’action du gouvernement et le rythme des réformes. Ce dérapage des déficits et cette baisse de croissance vont donc justifier les prochaines mesures gouvernementales : baisse du nombre de fonctionnaires, réforme des retraites, gel des salaires des fonctionnaires pour 2014 et 2015 ; nouveaux calculs des prestations sociales … un train de réformes nécessaires quand on se veut des gestionnaires responsables.
Écrit d’avance
C’était écrit d’avance et bon nombre d’économistes, repris par de nombreux syndicats et partis de « gauche », l’avaient prévue, diagnostiquée et annoncée : l’austérité menait à l’affaissement de la croissance. C’est sur ce constat qu’ils ont appelé au combat contre l’austérité et cette logique imbécile et implacable qui amène à descendre marche après marche l’escalier de la croissance.
L’effet domino
Mais comment, alors, est-ce possible de conduire une telle politique qui nous mène dans le mur. Deux choses possibles : un manque de courage et la peur de l’isolement ou alors le ralliement au crédo économique porté par la Troïka, formée de la Commission européenne, du FMI et de la Banque européenne et repris par certains états européens influents comme l’Allemagne. Ce crédo est que l’Europe doit redevenir un espace compétitif par rapport aux autres continents et séduire les investisseurs. Pour ce faire, une seule solution envisageable quant on est libéral ; baisser les prestations sociales puis les privatiser, baisser la part patronale de la protection sociale, supprimer les services publics, précariser les salariés et abaisser les salaires. Dans cette optique, les déficits publics comme l’austérité jouent comme un levier. Un levier qui permet de paupériser les populations et autorise au démantèlement de tous les services publics.
Ainsi, chaque point de croissance perdu accélère la montée du chômage, augmente les déficits publics qui pressent les différents gouvernements européens à réduire ce qu’on appelait « les acquis sociaux » ; retraites, prestations sociales et services publics... La demande et la consommation vont mécaniquement continuer de chuter comme les recettes de l’Etat. La croissance poursuit sa chute libre, les déficits publics se creusent encore davantage et l’effet domino se poursuit ainsi jusqu’au moment où les perdants que nous sommes décideront d’en finir avec ce jeu de dupes.
Bertrand Guignoux