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CAP A GAUCHE

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L'immoral rapport Moreau sur les retraites !

L'immoral rapport Moreau sur les retraites !

Loin d'avoir cédé à la tentation de faire un jeu de mot approximatif, le titre résume parfaitement le sentiment qui se dégage à la lecture du rapport remis très médiatiquement par Yannick Moreau à Jean-Marc Ayrault.

En effet, les près de deux cent pages de ce rapport tournent autour d'un postulat réactionnaire abondamment développé sous Sarkozy et que les Solfériniens ont repris tel quel à leur compte. « Puisque l'on vit plus longtemps, il est donc naturel de travailler plus longtemps ».

Constructions intellectuelles délirantes...

Théorème immoral s'il en est, puisque si nous le prenons au pied de la lettre cela veut dire que tout progrès humaniste, l'allongement de l’espérance de vie, devrait s'accompagner mécaniquement d'une régression sociale par un allongement dans les mêmes proportions de la durée du travail. Pure escroquerie intellectuelle que rabâchent du matin au soir des « spécialistes » comme dirait Coluche et des journalistes incultes et bavards. C'est à l'évidence ne pas mettre l'Humain d'abord au centre des préoccupations sociétales ! Dans cette équation purement comptable à la sauce Medef, il faut savoir que c'est l’espérance de vie en bonne santé qui détermine le temps pendant lequel le ou la retraitée « profite » de sa retraite. Or, les chiffres de l'Institut National des Études Démographiques (INED) sont sans appel, si l’espérance de vie chez les femmes est de 84 ans et de 78 ans chez les hommes, l’espérance de vie en bonne santé régresse ces dernières années. Elle est de 64 ans pour les femmes et de 62 ans pour les hommes avec de fortes disparités, pour l'ouvrier elle serait de 59 ans alors que pour le cadre elle s'établirait en moyenne à 69 ans*. (image 2 et 3)

« Obsolescence » programmée des êtres humains

Autant dire que dans cette vallée des larmes pour les salariés qu'est la mondialisation capitaliste, avec son productivisme forcené et son chômage exponentiel, prôner l'allongement des annuités de cotisations (44 ou 45 ans) et le départ à la retraite (65ans) est d'une immoralité cynique avant même d'être une absurdité économique version libéralisme échevelé. Le cynisme est tout entier dans ce calcul qui repose sur l'« obsolescence » programmée des êtres humains afin qu'ils ne « profitent » pas trop de leur retraite. Ces petits esprits en blouse grise pleurnichent relayés par des perroquets endimanchés : « Le déficit du système des retraites est abyssal ». Aux dernières nouvelles ce déficit atteindrait 20 milliards en 2015, on est donc loin des 60 à 80 milliards qui échappent au fisc chaque année ! Dans ce domaine étrangement le gouvernement ne parle pas de déficit abyssal pour la collectivité toute entière. En tout cas, il ne fait rien pour s'attaquer aux paradis fiscaux ni aux banques française qui mettent leurs circuits internationaux à la disposition de cette dissimulation frauduleuse...

Posture économique ultra libérale

C'est tenir aucun compte de la réalité concrète. La plupart des études sont unanimes pour constater que la moyenne d'âge d'entrée dans la vie active s'établit à 23 ans. Un rapide calcul pour ajouter les 44 années de cotisations nous amène au mieux à 67 ans ! Déjà chacun peut mesurer le marché de dupe. D'autre part comme l'écrit Hubert Huertas dans Médiapart : « Passé 55 ans, six hommes et femmes sur dix n’ont plus de travail.Décréter qu’ils devront patienter jusqu’à 65 ans pour avoir droit à une pension, même amputée, revient à exiger qu’ils exercent un travail qu’ils n’ont plus, donc à les renvoyer d’abord aux minimas sociaux, ensuite à des pensions rabotées par les années d’inactivité ». En mettant ces deux informations en commun, début de la vie active à 23 ans et fin du salariat rémunéré « programmée » par le système de marchandisation, la retraite espérée à l'age de 65 ans sera sévèrement amputée au minimum de 25 % ! Sachant que les dix années intervenant entre 55 ans et 65 ans, c'est en fait à la collectivité que reviendra la charge de la solidarité financière (minimas sociaux) et pas aux entreprises qui se sont débarrassées de ce problème en amont. (image 4)

Ce que ce rapport ne veut pas voir, pas entendre et pas dire

Le vrai problème, c'est le chômage de masse que connaît notre pays depuis une trentaine d'années et qui ne cesse de se creuser sous les coups de boutoir libéraux du Gouvernement Hollande. Moins d'emplois donc moins de cotisations des salariés, donc moins à redistribuer. L'équation évidemment ne s'arrête pas là. Il s'agit de volonté et d'orientation politique. Jean Luc Mélenchon n'hésite pas à réaffirmer : « la retraite à taux plein à 60 ans, nous on peut ! » Comment ? En partageant les richesses, en taxant les revenus financiers des entreprises. Cette juste ponction sur l'argent distribué aux actionnaires des entreprises rapporterait 20 milliards d'euros en plus soit le montant des déficits prévus en 2020. Supprimer les aides fiscales pour l'épargne retraite par capitalisation (2 milliards d'euros par an), et bien sûr lutter contre le chômage de masse avec la création de 3 millions d'emplois en dix ans qui rapporterait 24 milliards d'euros.« C'est possible : entre 1997 et 2002, 2 millions d'emplois ont été créés en 5 ans ».Les solutions politiques existent mais elles tournent résolument le dos aux thèses du Medef qui se résument à « toujours plus de profits ». La CGT peut affirmer sans être contredite : « Ces trente dernières années, 10 % de la richesse produite (200 milliards) a été transféré de la rémunération du travail vers les profits, soit huit fois le déficit de la caisse primaire d'assurance vieillesse ».En clair ils sont allés dans la poche des actionnaires.(image 5)

Un capitalisme financier toujours plus vorace

Ajoutons comme le fait remarquer en s'interrogeant Denis Sieffer dans Politis :« Comment peut-on concevoir qu’à l’ère d’Internet et de la productivité maximum, on en vienne à allonger le temps de travail ? La seule question est de savoir dans quelles poches vont ces gains de productivité, multipliés par cinq depuis 1960 ? » La réponse va de soi : Les Actionnaires !

Absurdité économique sauf si...

l'idée sous-jacente est bien de faire baisser les pensions afin que les futurs retraités cotisent une retraite complémentaire auprès d'organismes privés d'assurances ou de mutuelles, aujourd’hui les retraites représentent un flux de 245 milliards d’euros qui échappe aux marchés financiers. Il est évident que c'est intolérable pour le capitalisme financiarisé. Mais plus encore, c'est affaiblir notre système de retraite par répartition au profit des retraites par capitalisation qui elles pourraient enfin, selon les marchés, donner libre court à la marchandisation de la vie, de la naissance jusqu'à la mort, et donc à la spéculation sur celle-ci...Ce choix de société nous n'en voulons pas !

Michel SZEWCZYK

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