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CAP A GAUCHE

CAP A GAUCHE

Pour faire vivre la démocratie

Publié le par CAP A GAUCHE
Publié dans : #école
Quand Peillon les prend pour des….

Peillon cherche-t-il le bâton pour se faire battre ? En pleine mise en œuvre d’une réforme des rythmes scolaires dont il semblait faire la clé de voûte de sa refondation de l’école le voilà qui annonce que le calendrier scolaire bougerait à l’horizon de 2015.

Voilà donc les enseignants découvrant comme les parents et tous les citoyens français que la réforme des rythmes n’était en fait que le premier étage d’une refondation ou d’une réforme échelonnée dans le temps et dont le ministre pourrait dévoiler ainsi d’autres pans dans les prochains mois.

Là, où chacun pouvait croire que le cadre de la réforme et son calendrier avaient été fixés, il n’en était rien… Outre que cette méthode opacifie les contours de la réforme voulue et souhaitée, elle risque de finir par désespérer les plus démocrates de nos concitoyens qui pourraient voir dans ce jeu de cache-cache une atteinte à l’esprit démocratique qui repose sur la confiance, la transparence et le respect mutuel.

Le ministre prend aussi des risques à jouer au bonneteau avec les enseignants. Ceux-ci vont devenir suspicieux à son encontre sachant qu’il ne leur dit pas tout et cache une partie de ses intentions comme s’il était acquis que toute réforme ne pouvait se faire que contre eux.

En tout cas avec cette annonce on comprend sans doute mieux la hâte qu’avait le ministre de faire appliquer la réforme des rythmes dès cette année et sa hargne contre ceux qui pensaient (les pauvres idiots) qu’une réforme en profondeur nécessitait du temps pour la réflexion et la concertation.

Nous n’étions que de pauvres ignorants ! M. Peillon et son cabinet de conseil en politique éducative connaissaient eux leur échéancier et savaient que le moindre retard dans le lancement du premier étage de la réforme pouvait compromettre la mise en orbite de l’ensemble surtout dans le contexte en 2014 des élections municipales.

La méthode est quand même étonnante et inquiétante. Elle rappelle les méthodes patronales quand les staffs des entreprises avancent leurs pions pour juger des résistances et des réactions. Elle n’est pas non plus sans évoquer les stratégies entrepreneuriales qui planifient leur action de façon à éviter toute contestation et lutte contre leurs plans. Elle est similaire aux méthodes Sarkoziennes qui ont consisté à planifier, mesure après mesure, la destruction du service public de l’Éducation afin que personne ne puisse percevoir le contour général de l’objectif.

Alors cette méthode a un goût bien amer…Elle laisse penser que si les ministres changent, les cabinets, quant à eux, ne changent pas. Ils sont toujours aussi bien nourris aux enseignements de l’ingénierie publique, de la rationalisation de l’action publique comme aux nouvelles volontés décentralisatrices…Toutes ces sciences issues de l’économie de l’entreprise et des officines européennes dont le vocabulaire a envahi le discours politique n’ont pour but que d’ôter le pouvoir aux salariés et aux citoyens au profit des « décisionnaires », seuls à même de comprendre la nécessité des changements, des transformations et de la modernisation.

Les enseignants et les citoyens attendaient une autre approche de la démocratie et des réformes basée sur le débat et la concertation. Comme beaucoup de Français, les enseignants ont souffert sous « l’ère sarkozienne » et espéraient, quand même un peu, qu’en changeant de président et d’assemblée, il était envisageable de réfléchir et de construire ensemble l’école (comme la France) de demain… en somme redonner du sens à l’action politique et publique en « refondant du bien commun ».

Quant au contenu…on pourrait presque en rire !

Étaler l’année scolaire en raccourcissant les vacances scolaires, pourquoi pas ? Si cette réflexion s’accompagne d’une réflexion plus globale sur le calendrier scolaire de l’année. Notamment en instaurant réellement le principe des 7 semaines de classe et les 2 semaines de vacances. Si, enfin, on réfléchit à une semaine de vacances en mai pour éviter la multiplication des ruptures dues aux jours fériés … si on reconsidère le rythme des enfants dans sa globalité et plus seulement à l’échelle des besoins économiques ou des lobbys du tourisme. Si l’aide aux enfants en difficultés redevient une priorité.

Si cette réforme du calendrier scolaire s’accompagne d’une vraie transformation des programmes scolaires et de nouveaux moyens accordés aux enseignants pour travailler autrement. Si on crée, dès la formation initiale des enseignants, des habitudes de travail en équipe. Si les conditions de travail et les salaires sont revalorisés.

Si les moyens engagés ne dépendent pas uniquement de la richesse et de la bonne volonté des collectivités territoriales mais sont les mêmes d’une région à une autre. Si cette nouvelle donne, n’est pas une avancée discrète et camouflée vers une régionalisation de l’éducation. Si l’État reste le garant de l’égalité. Si le gouvernement actuel sort de cette perspective libérale qui laisse croire que tout est question de technicité, de productivité et continue d’extraire l’école de son contexte social. Si on cesse de faire croire que l’école peut se suffire à elle-même pour devenir égalitaire. S’il existe une volonté significative d’agir aussi sur les facteurs sociaux et culturels de l’échec scolaire. Si on agit sur la précarité des familles les plus fragilisées par la crise, le chômage, la flexibilité de l’emploi et les organisations du travail.

Si on arrête de faire croire qu’il suffit de changer quelques chiffres (les moins signifiants et les moins dérangeants) pour que la réussite de tous les enfants soit garantie…

Des chiffres en trompe l’œil…

En effet nous assistons ces derniers temps dans la campagne de communication qui accompagne la réforme des rythmes scolaires à une mise en évidence de certains chiffres que nous pourrions qualifier de propagande si nous étions méchants. Bien entendu, les télévisions, la radio, les médias s’empressent de reprendre ces chiffres, s’en gargarisent jusqu’à plus soif, parce qu’ils font croire que les enseignants ne travaillent pas assez…

Pensez donc Mme Michu, ces « fainéants » ne travaillent que 144 jours contre 190 jours pour les enseignants finlandais, dont les élèves arrivent second aux évaluations Pisa (évaluations comparatives sur les pays de l’OCDE).

Seulement il existe d’autres chiffres ignorés, passés sous silence mais pourtant très révélateurs.

Les élèves français travaillent 847 heures par an quand la moyenne OCDE est de 812 heures et quand les Finlandais, eux ne travaillent qu’entre 608 et 648 heures. Dans le même registre d’idées un « instit » français fait 918 heures annuelles alors que la moyenne OCDE est de 782 heures. Seuls 4 pays font travailler leurs instits davantage.

D’autres chiffres fournis par l’OCDE concernant le primaire (=maternelle + élémentaire) sont aussi intéressants.

En élémentaire, on compte en France 18,7 élèves par prof contre 15,8 en moyenne dans les pays de l’OCDE, et l’écart est encore plus fort en maternelle avec 21,5 élèves par prof contre 14,4 dans l’OCDE. Autrement dit, un instit français travaille avec une classe bien plus chargée que la moyenne de ses collègues de l’OCDE. Rappelons que 21,5 élèves par prof ne signifie pas des classes de 21 ou 22 élèves en moyenne. Sont en effet comptabilisés les profs n’ayant pas de classe en responsabilité (remplaçants, profs spécialisés, en formation, en disponibilité, en congé maternité, etc.).

Vous voulez des chiffres, en voilà encore quelques-uns…

La France est dans la moyenne de l’OCDE en ce qui concerne le budget alloué à l’éducation (6,3% du PIB contre 6,2% en moyenne dans l’OCDE), mais la dépense par élève croit beaucoup moins vite que dans les autres pays : moins de 10% d’augmentation depuis 2000 contre 36% en moyenne dans l’OCDE. Autrement dit, l’effort financier fourni par la France pour son éducation, qui la distinguait de la moyenne des pays de l’OCDE, va s’amenuisant.

Si bien qu’aujourd’hui l’éducation ne représente que 10,4% des dépenses publiques en France, soit le 27ème rang sur 32, bien en-dessous de la moyenne de l’OCDE (13%).

Pour un élève de primaire, la France consacre 17% de moins que la moyenne des pays de l’OCDE (6 373 $ contre 7 719 $).

On investit moins en maternelle que dans l’élémentaire dans tout l’OCDE, mais là encore la France investit moins que les autres pays : 6185 $ pour un élève de maternelle français, contre 6670 $ en moyenne.

Salaires des enseignants

Si les enseignants sont mal payés dans tous les pays de l’OCDE puisqu’en moyenne, un enseignant touche 82% du salaire moyen à niveau de qualification égal, la France a le pompon. Seulement 79% pour un prof du secondaire, et encore pire en primaire, avec 73% du salaire moyen.

D’autre part, la France est un des rares pays qui paie moins bien ses enseignants en 2010 qu’en 2000. Alors qu’en moyenne les enseignants de l’OCDE ont gagné 20% de salaire sur cette période, la France paie ses profs presque 10% de moins qu’en 2000, à prix constants. Autrement dit, les profs français sont les seuls de tout l’OCDE à s’être appauvris durant la dernière décennie (avec les japonais, mais un instit japonais gagne 30% de plus qu’un français).

Mais l’écart se creuse encore davantage pour les profs de primaire, qui sont nettement désavantagés : un instit touchera en France 24 € brut par heure d’enseignement au bout de 20 ans de carrière, contre 36 € en moyenne dans l’OCDE… Seuls la République Slovaque, la Hongrie, l’Estonie, le Chili, le Mexique font pire, avec un niveau de vie bien moindre…Le salaire annuel d’un instit français est nettement inférieur (entre 13 et 15%) à la moyenne de l’OCDE, que ce soit en début de carrière ou au bout de 15 ans.

État d’urgence

Alors oui, il est urgent de réfléchir et d’agir car effectivement, l’école française se porte mal. L’école primaire est le parent pauvre du système scolaire français : moins de moyens, trop d’élèves, profs travaillant plus mais moins payés. Il est urgent de tout mettre sur la table, de parler de tout et de faire un peu confiance aux enseignants qui aiment leur métier mais sont atteints d’une certaine lassitude puisque leur parole et leurs analyses de la situation sont (volontairement ?) ignorées et tues. Oui les enseignants après 5 ans de « Sarkozisme » et une politique accélérée de mesures destructrices sont au bord de la rupture. Plutôt que d’arrogance et de tours de passe-passe, les enseignants ont besoin d’un pacte de confiance et veulent pour cela être impliqués pleinement dans la refondation de l’école où ils travaillent et dans la construction d’une École républicaine plus égalitaire.

Alors M. Peillon, de grâce, ne prenez pas les enseignants pour des…sinon, gare au retour de bâton...

Décapan

Quand Peillon les prend pour des….

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